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QUAND L'ACTU NOUS PERCUTE

Axe Granville-Avranches : encore quelques jours pour donner son avis

Jusqu’au 22 septembre, il est encore temps de donner son avis sur l’avenir de la route Granville-Avranches. Une concertation à bas bruit, sur un des serpents de mer les plus polémiques de la région.


  • Le périmètre de la consultation sur les aménagements routiers Granville-Avranches
    Le périmètre de la consultation sur les aménagements routiers Granville-Avranches (cc) Wikimedia

Plus qu’un petit mois avant la fin de la concertation sur l’avenir de l’axe Granville-Avranches. Une grande concertation à bas bruit, dans le courant de l’été, mais qui concerne un des plus vieux et des plus polémiques serpents de mer de la région. Plus de 700 contributions ont été recueillies sur internet, tout le monde peut s’exprimer, du très lapidaire « Vive la 2x2 voies ! » à de longues envolées plaidant contre un « grand projet inutile ».

Pour ceux qui auraient fini par se perdre dans ce dossier au très long court, il est sans doute utile de revenir sur les positions des uns et des autres, associations, élus, militants, pour comprendre qui en est où.


  • Évolution du projet d'axe routier Granville-Avranches
    Évolution du projet d'axe routier Granville-Avranches (cc) La Branche Libre

Le coup de tonnerre de l’abandon

Les positions actuelles sont le résultat d’un long bras de fer, entamé dès les années 1990 autour du projet, qui prévoyait à l’origine la construction d’une 2x2 voies en parallèle de l’axe actuel. On peut schématiser : d’un côté les « pro-2x2 voies », ceux-là sont excédés des ralentissements quotidiens de cette route, qui s’aggravent en été. De l’autre ceux qui s’émeuvent de voir plusieurs centaines d’hectares couverts de béton au nom du « tout bagnole ». Et entre les deux le Département, qui après avoir porté pendant très longtemps le projet de 2x2 voies a radicalement changé son fusil d’épaule en 2021, suite à un avis défavorable des services de l’État.

Ce revirement spectaculaire remonte au 8 mars 2021. Grand coup de tonnerre dans ce dossier interminable : ce jour-là, Marc Lefèvre, alors président du Département, parle du projet au passé : « ce n’est pas un abandon total, mais il va falloir tout reprendre. Il n’y aura pas de nouvelle route ».

Après 25 années de travail, la Manche, qui a la responsabilité du réseau de routes départementales, doit revoir totalement sa copie et abandonner l’idée d’une route parallèle à l’axe original. Le plan conçu au début des années 2000 (une Déclaration d’utilité publique avait été obtenue 2006) aurait nécessité 60 à 80 ha de création de nouvelles zones humides en compensation de la destruction de 20 ha d’espaces naturels sensibles sur le tracé de la nouvelle route.


  • Impact des nouvelles règles environnementales dans le projet d'axe routier Granville-Avranches
    Impact des nouvelles règles environnementales dans le projet d'axe routier Granville-Avranches (cc) La Branche Libre

Détruire le plus possible de zones humides

La faute à un projet qui a trainé pendant des décennies : pensé dans les années 1990, il considérait les zones humides comme des zones stériles, impropres à l’agriculture, et son tracé en traversait le plus possible… à l’exact inverse des recommandations d’aujourd’hui. Une catastrophe évitée : on sait aujourd’hui que les zones humides ont un rôle crucial pour la reproduction et la vie de nombreuses espèces, mais aussi dans la prévention des sécheresses et des inondations.

Inutile de dire qu’en 2021, la vision des choses avait changé, au grand dam de ceux qui attendaient avec impatience la construction du nouvel axe : les riverains, notamment, qui voient en général défiler 12 000 véhicules par jour, mais aussi et jusqu’à 20 000 en été. Mais aussi une partie des patrons du sud-Manche, pour qui la route est indissociable du développement, Chambre de commerce et d’industrie (CCI) en tête. On considère généralement qu’une route à 2 voies classique est saturée à 15 000 véhicules/jour.


  • Une route saturée qui pose problème
    L'axe Granville-Avranches, une route saturée qui pose problème (cc) La Branche Libre

Seulement voilà, le Département a beau avoir acquis quasiment l’intégralité des 250 ha de terres que le chantier devait détruire, il semble évident aujourd’hui qu’il ne pourra pas en faire grand-chose.

Les associations « pro 2x2 voies » sont vent debout : Associations pour la défense des riverains de l’axe Granville-Avranches et pour la voie express Granville-Avranches pratiquent un lobbying intense, multipliant courriers aux élus et même à la Présidence de la République et au premier ministre. Avec en ligne de mire la relance du projet sur le tracé initial, coûte que coûte.

Le débat s’enflamme régulièrement sur les réseaux sociaux, et les partisans de la voie express mettent en avant :

  • le caractère accidentogène de la route
  • la saturation de l’entrée de Granville
  • le temps de parcours pour atteindre les urgences d’Avranches à partir de Granville
  • les nuisances pour les riverains
  • le coût pour l’économie locale granvillaise de son enclavement

Au point d’en arriver à des situations un peu ubuesques, comme lorsque le maire d’Avranches concédait : « cette 2x2 voies n’est pas vitale pour Avranches, notre bassin économique n’en dépend pas. Il ne m’appartient donc pas de me positionner. » Alors qu’à l’instar de centaines d’autres élus du Sud-Manche, David Nicolas venait de voter en conseil en faveur du projet, sous la pression de l’association.

Améliorer l’axe existant

De l’autre côté du tronçon, c’est la Ville de Granville qui remet régulièrement en doute la pertinence du projet. « J’appelle le département à conforter l’axe existant, afin d’en améliorer la sécurité et la fluidité », répétait Gilles Ménard lors de ses vœux, en 2023. Avec une précision importante : « « Conforter » ne signifie pas relancer un projet de 4 voies supplémentaire. Ce serait ignorer le changement de logique qui opère à l’échelle de toute la France. Quand allons-nous comprendre que nous sommes dans une situation de dérèglement climatique ? Quand allons-nous admettre l’impérieuse nécessité de maintenir des terres agricoles pour nourrir demain nos enfants et petits-enfants ? » Et d’appeler à un changement de modèle de développement.

Ville de Granville et associations environnementales sont à la recherche depuis longtemps d’une position d’équilibre acceptable par tous, qui rendrait l’axe plus fluide tout en préservant les espaces naturels et agricoles et plaident pour améliorer l’axe existant.

Dans cet optique, Agissons pour le climat GTM et Un avenir avec les Saint-Pairais ont été rejoints par six autres associations pour tenter de mettre en avant un projet commun, de compromis.


Il propose de traiter en priorité les points noirs de la zone du Croissant et du Hameau de la Havaudière, avec des aménagements à minima, mais suffisants :

  • au Croissant (Intermarché Saint Pair), le développement des commerces de part et d’autre de la voie, associé à l’importance des mouvements quotidiens pour entrer et sortir de Granville, ont fini par asphyxier l’axe. La proposition est de créer un tronçon entre le rond-point et le contournement de Granville, afin de dévier le trafic destiné non à Granville mais au nord de Granville (Donville, Bréhal, nord de la Manche…)
  • au lieu-dit de la Maréchalerie, le réaménagement de la route actuelle permettrait de diminuer les nuisances.
  • au Hameau de la Havaudière, la proposition-choc serait de racheter les maisons des riverains les plus touchés par les nuisances, afin d’élargir et sécuriser la route, soit d’un côté soit des deux. À l’image de ce que le département a déjà réalisé sur certaines portions de l’axe Coutances-St-Lô. Au pire, les associations recommandent l’aménagement d’un mini-contournement du hameau, mais avec une difficulté : celui-ci devra enjamber le Thar et sa zone humide, sans que l’on soit sûr que les automobilistes l’empruntent. Tout le monde a en tête l’échec du contournement de Marcey-les-Grèves, aux pieds d’Avranches, qui a coûté 35 millions d’euros mais qui est chroniquement sous-utilisé, la traversée de Marcey restant la meilleure option.

Et le train Et les autres moyens de transport ?

Surtout, ces associations partent du constat que rien n’est fait pour proposer des alternatives à la voiture, alors même que Granville, située dans un entonnoir, sature. Aussi en parallèle à l’amélioration de l’axe existant, d’autres solutions pour se déplacer, que l’on soit touriste ou que l’on travaille, doivent être proposées, en particulier des transports en commun. Et les associations de mettre en avant la possibilité d’un tram-train entre Granville, Avranches et au-delà, comme de nombreuses communes bretonnes ou alsaciennes l’ont déjà réalisé. Ils en appellent aussi au développement du covoiturage ou covoistop (voir Rezo Pouce dans le Mortainais et l’association Rencontre granvillaise), voire suggèrent qu’une partie des marchandises gagneraient à passer par le port de Granville plutôt que par la route.

De quoi rendre furieux les « pro-2x2 voies », qui n’en démordent pas. Les arguments et les invectives s’échangent donc à feu nourri, quand bien même ceux-ci sont assez clairement fallacieux. Il est ainsi facile de prouver que l’axe Granville-Avranches est beaucoup moins accidentogène que la route de la côte, les chiffres étant publics.


  • Carte de l'accidentologie des routes reliant Granville à Avranches
    Carte de l'accidentologie des routes reliant Granville à Avranches

Au milieu de tout cela, le Département propose un projet d’amélioration de l’axe et un certain nombre de variantes, assez concordantes avec les solutions mises en avant par les associations, qui peuvent se retrouver ici, ainsi qu’un très volumineux ensemble de documents :

Pas forcément de quoi satisfaire les uns et les autres. Profitant du vent de détricotage écologique, les associations en faveur de la 2x2 voies font le forcing afin que l’axe soit reconnu « d’intérêt public majeur ». Le Département espère sans doute juste pouvoir enfin commencer une réalisation quel que soit le projet. Et ceux qui pensent qu’on peut faire mieux, plus modeste et plus malin, retiennent leur souffle. Et d’autres continuent à demander un changement de direction vers un projet englobant tous les moyens de transport.

Deux réunions publiques sont encore à venir :

  • Mardi 9 septembre, de 19h30 à 22h à la salle des fêtes du Carrefour Bailly à Folligny
  • Jeudi 18 septembre, de 19h30 à 22h à la salle culturelle de l’Etoile à Sartilly-Baie-Bocage


la rédaction d'Affichage libre

8 septembre 2025


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À Bréhal, pas même une planche à voile pour la Palestine

Ils rêvent d’une flotte d’un millier de bateaux pour briser le blocus à Gaza. Mais difficile de se faire entendre au cœur de l’été. À Bréhal, même pour une simple planche à voile, la mairie a dit « non ». Pas de quoi désespérer les militants manchois.

  • Un groupe de soutien à Gaza se réunit tous les vendredi sur la plage de Carolles, à 19h
    Un groupe de soutien à Gaza se réunit tous les vendredi sur la plage de Carolles, à 19h (cc) Affichage libre

En juin, l’odyssée du Madleen, qui avait embarqué Greta Thunberg et Rima Hassan pour la Palestine, avait enfin réussi à fissurer le mur de silence et d’indifférence dans lequel se joue le drame de Gaza.

Depuis, des collectifs se sont montés un peu partout en France, avec pour objectif de rassembler « Mille Madleens pour Gaza » en faveur de la paix et pour l’arrêt du génocide.

Celui de Carolles, qui se réunit tous les vendredis sur la plage, vient de se faire claquer une porte au nez : pour attirer l’attention et trouver de nouveaux soutiens, il avait prévu de se jeter à l’eau en participant à la course des « OFNI » de Saint-Martin de Bréhal. Mais peut-on ainsi imposer de l’engagement dans un événement festif ?

Tout début août, la course des OFNI clôture le festival À fond la cale, un moment très drôle où une quinzaine d’équipes mettent à l’eau toutes sortes de radeaux improvisés pour une course improbable. Deux jours avant le départ, c’est la mairie de Bréhal qui a contacté la petite équipe de militants pour la paix, et a refusé leur inscription.

«Apolitique»

« Les OFNIS, c’est effectivement très festif », concède Isabelle, à l’origine de l’initiative. « Nous n’avions pas l’intention de jouer les trouble-fête. Toute la semaine, je me suis dit « c’est une connerie » : les gens sont en vacances, ils n’ont pas forcément envie qu’on vienne leur mettre dans la figure qu’il y a des gamins qui se font tuer à des milliers de kilomètres de là ». Et puis d’autres militants se sont enthousiasmés pour l’idée : si on ne peut même pas s’exprimer de manière festive, quelle solution reste-t-il pour que Gaza ne sombre pas dans l’oubli ?

« On avait récupéré une planche à voile chez Emmaüs, on l’avait peinte aux couleurs du drapeau palestinien et on avait prévu toute une déco sur ces couleurs-là, on avait aussi des flyers en forme de petits bateaux en papier »


  • les militants ont tout de même pu tracter leurs flyers-bateaux
    Les militants ont tout de même pu tracter leurs flyers-bateaux (c) D.R.

Mais la mairie leur fait savoir que la manifestation est « festive et apolitique » et qu’elle n’accepte pas cette participation.

Le jour dit, un petit groupe de militants se rend tout même sur place pour tracter et échanger avec les passants. C’est un élu en charge de la communication qui les accueille et les prend à parti, avant d’inciter la gendarmerie à suivre de près les militants. « On nous a même dit qu’il était interdit de tracter », s’amuse Isabelle, « j’ai demandé à voir l’arrêté municipal, ça s’est dégonflé ». En effet, tracter sur la voie publique est une liberté qui ne peut être encadrée à la légère. Certains maires l’ignorent parfois, mais elle ne peut être limitée que par un arrêté, et de manière très localisée et limitée dans le temps.

Pied de nez, au large, un petit bateau a tout de même croisé devant la plage en faisant flotter le drapeau de la Palestine, tout en restant sagement à distance. Et la petite équipe a pu tracter sur la digue, engageant la conversation avec ceux qui le souhaitaient.


  • pied de nez : un bateau a tout de même déployé le drapeau palestinien, à bonne distance
    pied de nez : un bateau a tout de même déployé le drapeau palestinien, à bonne distance, le 3 août 2025 au large de Saint-Martin-de-Bréhal (cc) Affichage libre

Les mairies et les organisateurs d’événements sont notoirement frileux lorsqu’il s’agit de laisser des revendications d’ordre politique s’exprimer. Ça n’a pourtant rien d’impossible. Ces derniers mois, les mairies de Cherbourg et de Granville ont ainsi solennellement pris position pour une paix juste et durable au Proche-Orient, appelant à un cessez-le-feu et au respect des décisions de l’ONU, tout en condamnant « le terrorisme du Hamas ».


Cinq bateaux pour la Palestine

« Dans la Région, on sait ce que c’est qu’une population civile qui se fait bombarder », rappelle Valentin, l’un des organisateurs des rassemblements Carollais, « nos villes ont été rasées pendant la seconde guerre mondiale, ça paraîtrait quand même naturel que l’on réagisse quand des civils se font massacrer ».

« Ça ne sert à rien d’être en colère », philosophe Isabelle, « même s'il est nécessaire et salutaire d'être en colère... vis à vis de la marche du monde et de celles et ceux qui nous usurpent sa gouvernance ! ». Elle sait qu’elle ne baissera pas les bras. Tout l’été, au moins une cinquantaine de personnes se sont retrouvées sur la plage de Carolles tous les vendredis. Et à la rentrée les uns et les autres reprendront leur bâton de pèlerin pour élargir les soutiens et récolter des fonds. « On va retourner voir les élus, aller voir ceux qu’on a une chance de convaincre ».

Au 12 août, le site de « Mille Madleens pour Gaza » affichait fièrement déjà cinq navires affrétés par la flottille.

NB : contactée par mail, la mairie de Bréhal n’est pour l’instant pas revenue vers nous.

la rédaction d'Affichage libre

12 août 2025


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Des batteries de stockage mettent le Sud-Manche en tension

En fin de journée vendredi 23 mai, 200 personnes ont manifesté à Saint-Laurent-de-Terregatte pour préserver leurs terres et contre les dangers d'une unité de stockage électrique de 100 mégawatts. Premier succès d'une mobilisation éclair.


Surpris.es mais réactif.ves, les habitant.es, riverain.es, élu.es de Saint-Laurent-de-Terregatte et au-delà : en moins de 20 jours, ils ont organisé une réunion publique et une manifestation contre le projet de stockage électrique de Tag Energy.

Cette multinationale compte implanter 2 ha de batteries de stockage d’électricité au lithium au lieu-dit Le Tertre (parcelle ZL109), à moins d’un kilomètre du bourg, près de l’école et du centre de loisirs pour une capacité de stockage de 100 mégawatts.


  • Manifestation contre l'implantation d'une unité de stockage électrique à Saint-Laurent-de-Terregatte le vendredi 23 mai 2025
    Manifestation contre l'implantation d'une unité de stockage électrique à Saint-Laurent-de-Terregatte le vendredi 23 mai 2025 (cc) Affichage libre
«On est passé au-dessus de nous. Et puis, aucune étude de sol géobiologique et deux heures pour intervenir en cas d’incendie, cela ne nous parait pas sérieux en termes de sécurité.» un adjoint au maire de Saint-Laurent-de-Terregatte

Une mobilisation éclair en 4 étapes

Lundi 5 mai 2025, Tag Energy présentait un projet élaboré depuis 2022 mais amené sans concertation. Malgré les réductions de 45% de la surface d'abord envisagée et du risque de l'impact acoustique, à la suite des remarques de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal), les réponses vagues du représentant de l’entreprise n’ont pas vraiment rassuré ni les élu.es ni les habitant.es. On est « passé au-dessus de nous !» s’indigne un adjoint de Saint-Laurent-de-Terregatte. « Et puis, aucune étude de sol géobiologique et deux heures pour intervenir en cas d’incendie, cela ne nous parait pas sérieux en termes de sécurité. »

Mercredi 14 mai, le collectif citoyen du Terregatte (le village voisin de Saint-Aubin-de-Terregatte ayant rejoint celui de Saint-Laurent) s'est constitué en organisant dans l’urgence une réunion publique, avec l’aide de leur voisin écologiste François Dufour, ancien conseiller régional et syndicaliste paysan habitué à défendre nos ruralités (il a contribué avec d'autres à faire plier Elon Musk en l’empêchant d’implanter son projet Starlink à Saint-Senier-de-Beuvron)

Vendredi 16 mai, une rencontre s’est improvisée avec l’eurodéputé écologiste et normand David Cormand, profitant de son passage dans le Sud-Manche pour parler Europe avec les collégiens de Pontorson et discuter en réunion publique à Dragey-Ronthon de ruralités et libertés et notamment de la PAC (Politique agricole commune) en préparation. Il a déclaré « être auprès d’élu.es et de citoyen.nes mobilisé.es contre un projet de batteries sur des terres agricoles à Saint-Laurent-de-Terregatte. Ces infrastructures opportunistes et spéculatives méprisent nos territoires ruraux et leurs habitants. » L’élu de Seine-Maritime connaît bien les dangers après l’incendie en 2023 parti d’un entrepôt de batteries automobiles au lithium où, « en dépit d'une mobilisation exemplaire des pompiers avec des moyens très importants, le bâtiment a été totalement détruit, entraînant une pollution importante au lithium ». Il s’était en outre engagé à écrire au Préfet de Normandie.

Et vendredi 23 mai au soir, c’était chose faite (cf document ci-dessous), alors qu’une marche citoyenne réunissait donc quelque 200 personnes entre la mairie et Le Tertre, lieu visé pour le site de stockage.


La lutte énergétique contre le dérèglement climatique a bon dos

« On nous dit qu’on a besoin d’électricité et qu’il s’agit d’énergie décarbonée. Mais ici l’énergie vient de l’usine marémotrice de la Rance et surtout du nucléaire, deux énergies pilotables [disponibles en continu] contrairement à l’énergie solaire et à l’éolien. Donc on ne voit pas à quoi sert le stockage ici en nos lieux. » Aurélien Guenée et Guillaume Lucas

Aurélien Guenée et Guillaume Lucas ont pris la parole pour expliquer la création du collectif (et remercier Sylviane Mercier pour son logo).

S’inspirant du courrier de David Cormand qui suggère dans sa lettre au préfet de région « qu'on essaie de favoriser en catimini le projet sur l'autel de la "transition énergétique" », ils s’interrogent : « On nous dit qu’on a besoin d’électricité et qu’il s’agit d’énergie décarbonée. Mais ici l’énergie vient de l’usine marémotrice de la Rance et surtout du nucléaire, deux énergies pilotables (NDLR : en continu) contrairement à l’énergie solaire et à l’éolien. Donc on ne voit pas à quoi sert le stockage ici en nos lieux. » Ils ont lu également la lettre de François Dufour qui avance l’argument de la Baie classée patrimoine mondial de l’Unesco.


  • Pancartes sur un talus pendant la manifestation du 23 mai à Saint-Laurent-de-Terregatte
    Pendant la manifestation du 23 mai 2025 à Saint-Laurent-de-Terregatte (cc) Affichage libre

Un projet qui suscite de nombreuses inquiétudes

« Une autorisation tacite de la Préfecture malgré des avis défavorables »

Le collectif a ensuite rappelé les inquiétudes multiples soulevées sans avoir de réponses :

  • risques d'emballement thermique et d’incendie donc de pollution de l’air,
  • impact environnemental : risque de pollution au lithium sur une prise d’eau potable ; danger pour la biodiversité ;
  • détournement de 2 hectares agricoles et perte de la valeur foncière des terrains environnants.

Le flou autour des décisions ne rassure pas : « l'autorisation de permis tacite du Préfet depuis le 09 mars 2025 délivrée par certificat le 11 avril 2025 » malgré les avis défavorables de la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) et du conseil municipal de Saint-Laurent-de-Terregatte.


  • Pancarte On enterre nos terres pour enrichir vos actionnaires ! pendant la manifestation du 23 mai à Saint-Laurent-de-Terregatte
    Pendant la manifestation du 23 mai 2025 à Saint-Laurent-de-Terregatte (cc) Affichage libre

Historique et convergence des luttes

Le nom de Terregatte vient de terra vasta ou terre dévastée au Moyen-Âge par les incursions bretonnes. Bien « gâtée » également dans les années 1960-1970 par un remembrement radical qui a détruit le bocage, la commune a connu en 1989 l’installation par EDF d’une ligne à très haute tension (THT, 2 × 400 000 volts) et un transformateur électrique de 10 hectares juste à côté. Bernard Chérencé habitant de Saint-Laurent a d’ailleurs pris la parole ce vendredi 23 mai pour rappeler ce combat mené par l’association Animaux sous tension (Anast) en 1993. Elle a notamment aidé deux éleveurs d'Isigny-le-Buat qui ont gagné leur combat en justice contre RTE, Thierry Charuel et Dominique Vauprès.

Isigny le Buat... justement là où un autre collectif, Stop Tomates industrielles, continue aussi à s’opposer à la multinationale Agrocare qui veut s’accaparer encore des hectares destinés à des tomates industrielles hors-sol sous serres qui lui permettent surtout de revendre... de l'électricité. Une réunion publique aura lieu vendredi 30 mai à 20h30 salle de la Mancellière.
Il semblerait que désormais les habitants du Sud-Manche refusent le fait accompli imposé d’en haut, se posent des questions et ne veulent plus se laisser abimer et accaparer leur terre nourricière et abri pour les humains et l’ensemble de la biodiversité.


  • Pétition du collectif citoyen du Terregatte contre le projet de stockage d'énergie à Saint-Laurent
    Pétition du collectif citoyen du Terregatte contre le projet de stockage d'énergie à Saint-Laurent (cc) Affichage libre

Et maintenant ? La lutte continue…

Vendredi soir, les membres du collectif ont clos la manifestation en appelant à signer le manifeste et la pétition, et à aller sur leur page Facebook Collectif Citoyen du Terregatte. Pour les jours à venir, ils et elles attendent la réponse à la lettre du député européen David Cormand. Celui-ci a demandé par courrier du 23 mai au Préfet de région d’intervenir « afin que les risques puissent être réévalués […] et qu'une consultation en bonne et due forme de la population et des collectivités soit réalisée. »

Le collectif communique aussi son manifeste aux politiques locaux, régionaux et nationaux pour multiplier les relais et faire entendre leurs revendications. De nombreux.ses élu.es et associations de la nature estiment que le permis de construire tacite est juridiquement attaquable. La mairie confie le dossier à un avocat qui va l’étudier dès lundi matin avec ses confrères. Suite à leur analyse, ils conseilleront sur le type de recours à déposer, avant le 9 juin soit 3 mois après l’autorisation tacite donnée par le Préfet.

Sophie (avec Émilie pour les photos)

24.05.2025


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logo du collectif citoyen du Terregatte


QUAND L'ACTU NOUS PERCUTE

L'Agrion préfère défendre Jean-Luc Lahaye que les jeunes filles

Des « jeunes maquillées, habillées parfois comme des adultes, et qui parfois cherchent délibérément à séduire ou à piéger des célébrités ».

C'est ainsi que l'Agrion parle des potentielles victimes d'agresseurs sexuels, en essayant de sauver la face et la recette à venir du concert que Jean-Luc Lahaye doit donner samedi à la discothèque de Ver, à côté de Gavray. Sa jeune clientèle des environs sait maintenant à quoi s'en tenir sur le regard porté sur elle.


La discothèque L'Agrion accueillera un concert de Jean-Luc Lahaye samedi 26 avril, parce que cela remplira son établissement.

Soit.

C'est désormais possible, puisque l'interdiction de se produire en concert que le tribunal avait prononcée contre lui en 2022 vient d'être levée. Cela permet au chanteur de « pouvoir exercer son métier ». À 72 ans passés. Passons.

Mobilisation contre l'invitation d'un chanteur inscrit au fichier des délinquants sexuels

Le dit chanteur ayant été condamné deux fois par la justice pour corruption ou atteinte sexuelle sur des mineurs de 15 ans (en 2015 et 2007), étant inscrit au fichier des délinquants sexuels (Fijaisv) et actuellement sous le coup d'une mise en examen pour viol et agression sexuelle de deux mineures nées en 1998 et 2000, des personnes combattant les violences sexuelles infligées aux enfants et aux femmes se sont émues de ce concert, manifestant leur opposition devant la discothèque le 19 avril. Avec une certaine inventivité, les opposants installant notamment devant l'entrée une fausse scène de crime pour rappeler que le viol en est un.

Alors, le gérant de l'Agrion s'est mis en colère et a publié le 19 avril sur son compte Facebook un premier communiqué#, « à l'intention des groupes féministes, du public et des médias ». Il y défend la présomption d'innocence. Certes, être mis en examen ne préjuge en rien d'une culpabilité.


  • Capture d'écran du site hébergeant la pétition exigeant la déprogrammation du concert de Jean-Luc Lahaye
    Capture d'écran du site hébergeant la pétition exigeant la déprogrammation du concert de Jean-Luc Lahaye - 23 avril à 21h54

Une défense de l'organisateur qui procède de la culture du viol

« Un pédophile, c'est quelqu'un qui traîne à la sortie des écoles, pas un artiste ciblé par des jeunes maquillées, habillées comme des adultes » le gérant de l'Agrion

En voulant « assumer pleinement sa programmation », le dirigeant de l'Agrion prétend « rétablir les faits ». Mais en voulant dénoncer des « amalgames » et une « désinformation » qui serait « volontairement entretenue » par des « groupuscules », voire des médias qui ont rendu compte de la manifestation et de l'émotion de plusieurs associations (Nous toutes Manche, Mouv' enfants), le gérant en commet quelques-uns, qui trahissent le fond de sa pensée.

Selon lui, la pédophilie ne concernerait que « les enfants impubères », et non des « jeunes filles de 16 ans » ; un pédophile serait « quelqu'un qui traîne à la sortie des écoles, pas un artiste ciblé par des jeunes maquillées, habillées comme des adultes, et qui parfois cherchent délibérément à séduire ou à piéger des célébrités »... Les jeunes filles de la Manche apprécieront de savoir que la boîte de nuit qui les accueille le week-end les regarde ainsi.

«Suggérer que l'allure d’une jeune fille mineure pourrait la rendre responsable de l'agression qu'elle va subir procède exactement de la culture du viol

Si on « rétablit les faits », mais pour de vrai : la loi interdit toute atteinte sexuelle avec des mineurs de 15 ans (et moins), tout rapport sexuel avec un mineur de 16 ou 17 ans si la différence d'âge est supérieure à 5 ans ou si les parents s'y opposent. Et bien sûr une relation sexuelle non consentie est un viol, donc un crime.

Pour ce qui concerne les viols et agressions sexuelles sur les jeunes, les statistiques du ministère de l'Intérieur montrent que loin du rôdeur ou de l'homme en imper à la sortie des écoles évoqué par le dirigeant de l'Agrion, ces crimes et délits sont commis par des proches dans environ 30% des cas. Quand les 30 000 témoignages recueillis par la Ciivise pendant trois ans établissent cette proportion à 77% !

Ensuite, suggérer que l'allure d’une jeune fille mineure pourrait la rendre responsable de l'agression qu'elle va subir procède exactement de la culture du viol : tout est la faute des victimes mineures, le majeur qui agresse serait irresponsable. Le Code pénal dit l'inverse. Et ici, le risque paraît constitué aux yeux de la justice puisque Jean-Luc Lahaye n'a pas le droit d'entrer en contact avec ses fans, selon le manager du chanteur interrogé par France 3. N'en déplaise au gérant de l'Agrion et ses quelque 170 soutiens sur FB.

La pétition adressée au directeur de l'Agrion et au préfet de la Manche par Nous toutes Manche et Mouv'enfants pour faire annuler le concert a recueilli 10 463 signatures en 8 jours.

Ça rassure un peu.

Isabelle

23.04.2025

Info de dernière minute

Nous toutes Manche et Mouv'enfants appellent à une « mobilisation non violente » samedi 26 avril à Ver à 14h.


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L'équipe d'Affichage libre

8 septembre 2025

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